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Dystopia


Alexa Brunet/ Patrick Herman

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il faut nourrir une population épuisée et faire entrer le progrès dans un monde paysan jugé archaïque. Progrès technique et progrès social semblent alors marcher de pair dans l’effervescence d’une « modernisation » menée au pas de charge. Un demi-siècle plus tard, le constat est amer : depuis les années 1970, 60% des agriculteurs ont disparu, l’érosion des sols s’aggrave, la variété des races animales se réduit, les pesticides se retrouvent dans nos assiettes et les algues vertes sur les côtes, le modèle agro-alimentaire est en faillite tandis que la faim gagne dans le monde. Derrière cette « modernisation » se dissimulait une industrialisation encouragée par l’État, l’utopie des années 1960 est devenue dystopie . Composé de photographies d’Alexa Brunet, accompagnées de textes de Patrick Herman, Dystopia propose une approche anticipative originale des mutations du milieu agricole français. Par le jeu de mises en scène photographiques, ce travail cherche à montrer ce qui n’est pas encore arrivé et dénonce avec un humour distancé les dérives de notre société.


 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0415574

APPAUVRISSESSEMENT DE LA BIODIVERSITÉ Les messicoles, plantes associées aux moissons, vivent avec les céréales (blé, seigle, orge) depuis dix mille ans et ont accompagné les migrations de populations à partir du sud du bassin méditerranéen et du Moyen-Orient. Depuis le début des années 1970, elles ont reculé en France de 30 à 70 % et la majorité des espèces (coquelicots, bleuets, nigelle, adonis, nielle) est en voie de raréfaction et beaucoup en voie d’extinction. Sécurisant l’alimentation des insectes pollinisateurs, dont les abeilles, et offrant refuge aux insectes auxiliaires contre les ravageurs des cultures (syrphes, coccinelles), elles sont victimes notamment des pratiques de l’agriculture industrielle : utilisation intensive d’herbicides et développement des cultures d’OGM.

Grospierres, France - 01/08/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0484888

ANIMAL-MACHINE Les animaux considérés comme des machines, dont les rouages seraient leurs organes ? En un demi-siècle, le système industriel de production de viande a envahi les campagnes françaises. Sans dissimuler ses conceptions ni masquer ses objectifs. « Le bovin, cet animal pourtant bien vivant, n’est en fait qu’un appareil de mesure, une chaîne de fabrication. A l’entrée, on pèse la nourriture ingérée et à l’autre extrémité de la chaine, on pèsera aussi les sorties. Dans cette usine vivante, on fait des prélèvements à tous les stades de fabrication grâce à des fistules. Ainsi pourra t’on forcer et même accélérer la capacité des bœufs à produire de la viande ». C’était dans les années soixante et l’Inra traçait la voie royale du progrès pour le monde agricole en général et les éleveurs en particulier.

Morlaix, France - 01/08/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0484896

DISPARITION DES TERRES AGRICOLES Infrastructures routières ( contournement d’Avignon par la liaison est-ouest), ferroviaires (lignes TGV), ou aéroportuaires ( projet de Notre Dame des Landes), zones commerciales ( Les Portes de Gascogne près de Toulouse, société Immochan à Mont St Aignan près de Rouen), projets de golfs ou de centres d’entraînement sportif (PSG à Poissy), centre d’enfouissement de déchets dans le Velay sur la zone AOC de la production de lentille, étalement urbain, plates-formes logistiques pour le transport international (St Martin de Crau, Clermont l’Hérault)… chaque année plus de 60000 hectares de terres agricoles disparaissent en France, soit l’équivalent d’un département tous les sept ans. En région Provence Alpes Côte d’Azur, la surface agricole productive a diminué de 20% entre 1970 et 2000. On y comptait 490000 résidences secondaires en 2009 contre 139000 en 1968. Selon une étude de l’INSEE PACA, au rythme actuel de l’artificialisation des terres le département des Alpes maritimes n’aura plus de surface agricole d’ici une dizaine d’années et celui des Bouches du Rhône d’ici 25 ans.

St Martin de Crau, France - 01/08/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0484884

REGISTERED « Notre intérêt est de protéger notre propriété intellectuelle et nous n’avons pas à nous en excuser *». Les firmes de bio-technologies, rebaptisées « sciences de la vie », veillent en effet au grain et pourchassent ce qu‘elles appellent aux Etats -Unis une « piraterie des semences ». L’agriculteur qui a conservé des semences de la récolte précédente, ou dont la culture a été contaminée par le pollen du champ transgénique d’un voisin, ou encore dont des graines restées au sol ont germé, se voit poursuivi après enquête d’une véritable « police des gènes » ou après dénonciation anonyme sur un numéro vert spécialement mis en place à cet effet. « Nous sommes tirés au collier comme une horde de chiens au bord de la route » constate Kem Ralph, agriculteur du Tennessee. Il ne reste plus à l’agriculteur qu’à racheter les semences chaque année.

France - 01/08/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0484890

file de paysan achetant des graines aux semenciers

Morlaix, France - 01/08/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0502354

Dégradation des terres La plupart des films plastiques utilisés en agriculture et notamment en maraîchage et horticulture pour les tunnels sont fabriqués en polyéthylène. De nombreux additifs sont incorporés lors de la production : anti-oxydants phénoliques comme agents anti-chaleur, benzophénone comme agent anti-UV, polyalkylènes éthoxylés comme agents anti-buée*. La consommation annuelle est de 75 000 tonnes, mais la souillure provoquée par leur utilisation ou leur ramassage (terre, paille..) représente en moyenne 50% du volume. La production de déchets est ainsi d’environ 110 000 tonnes par an. Depuis quelques années la collecte de ces films plastiques a été organisée par les industriels avec le soutien des Pouvoirs publics par l’intermédiaire de l’ADEME**. Les aides publiques accordées par cette dernière viennent de prendre fin, et dans le même temps l’écocontribution prélevée au stade de la fabrication de films neufs vient de voir son augmentation gelée.*** Au moment où les volumes collectés augmentent, c’est toute la filière de récupération qui est déstabilisée. Même si l’ADEME affirme que ces films plastiques ne présentent aucun danger, un certain nombre de questions continuent de se poser. Quid de l’antimoine, qui sous forme de trioxyde est fréquemment utilisé comme catalyseur de polymérisation du polyéthylène ? Même s’il peut atteindre un haut niveau de désintégration,le polyéthylène additivé n’est pas biodégradable. Le jour où la toxicologie ne sera plus en France une discipline sinistrée, peut-être engagera t’on des recherches sur l’action écotoxique du polyéthylène pour l’environnement.

Berre-l'étang, France - 17/12/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0499568

SAISONNIERS- ESCLAVES MODERNES « Drogue dure des producteurs méditerranéens », il y a trente ans déjà, Jean-Pierre Berlan* qualifiait ainsi le recours systématique à l’emploi de saisonniers étrangers dans la production de fruits et légumes du sud de la France. Logée de manière précaire voire indigne, sous-payée, surexploitée, exposée aux produits chimiques, cette main-d’œuvre, d’origine essentiellement maghrébine, est restée pendant des décennies à la merci de l’employeur, soumise à son bon vouloir pour le renouvellement d’un contrat passé à l’époque sous l’égide de l’OMI**. Dorénavant les saisonniers latino-américains remplacent les anciens ouvriers marocains et tunisiens mais leur état de servitude n’a pas changé : envoyés en France par des entreprises de travail temporaire (ETT) basées le plus souvent en Espagne, ils peuvent être mis à la porte du jour au lendemain s’ils ne sont pas assez productifs et dociles. La cage ne s’est pas ouverte.

Sisteron, France - 27/11/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0502357

SAISONNIERS- ESCLAVES MODERNES « Drogue dure des producteurs méditerranéens », il y a trente ans déjà, Jean-Pierre Berlan* qualifiait ainsi le recours systématique à l’emploi de saisonniers étrangers dans la production de fruits et légumes du sud de la France. Logée de manière précaire voire indigne, sous-payée, surexploitée, exposée aux produits chimiques, cette main-d’œuvre, d’origine essentiellement maghrébine, est restée pendant des décennies à la merci de l’employeur, soumise à son bon vouloir pour le renouvellement d’un contrat passé à l’époque sous l’égide de l’OMI**. Dorénavant les saisonniers latino-américains remplacent les anciens ouvriers marocains et tunisiens mais leur état de servitude n’a pas changé : envoyés en France par des entreprises de travail temporaire (ETT) basées le plus souvent en Espagne, ils peuvent être mis à la porte du jour au lendemain s’ils ne sont pas assez productifs et dociles. La cage ne s’est pas ouverte.

Pierelatte, France - 28/11/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0484895

SAISONNIERS-ESCLAVES MODERNES « Drogue dure des producteurs méditerranéens », il y a trente ans déjà, Jean-Pierre Berlan* qualifiait ainsi le recours systématique à l’emploi de saisonniers étrangers dans la production de fruits et légumes du sud de la France. Logée de manière précaire voire indigne, sous-payée, surexploitée, exposée aux produits chimiques, cette main d’œuvre, d’origine essentiellement maghrébine,est restée pendant des décennies à la merci de l’employeur, soumise à son bon vouloir pour le renouvellement d’un contrat passé à l’époque sous l’égide de l’OMI**. Désormais les saisonniers latino-américains remplacent les anciens ouvriers marocains et tunisiens mais leur état de servitude n’a pas changé : envoyés en France par des Entreprises de Travail Temporaire (ETT) basées le plus souvent en Espagne, ils peuvent être mis à la porte du jour au lendemain s’ils ne sont pas assez productifs et dociles. La cage ne s’est pas ouverte.. * Ancien directeur de recherches à l’INRA ** Office des Migrations Internationales

Montpellier, France - 01/08/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0502353

Politique agricoles commune (PAC) Le budget de la Politique agricole commune (PAC), sanctuarisé jusqu’en 2013 par l’accord européen de 2002, vient de faire l’objet de dures renégociations entre le Conseil, la Commission et le Parlement européens. Le compromis qui a été trouvé pour la période 2014/2020 ne modifie qu’à la marge une répartition des aides profondément injuste, basée jusqu’à présent sur des références historiques d’avant 2002 : 78% des subventions à 22% des entrepreneurs agricoles et 22% des subventions à 78% des agriculteurs, sans compter ceux qui ne touchent rien comme la plupart des producteurs de fruits et légumes. En 2005, la société anonyme Fermes Françaises, productrice de riz en Camargue, a reçu un chèque de 872 108 euros. « En 2009 , le prince Albert II de Monaco a reçu 507 972 euros pour ses champs de blé en France ».* En l’absence de soutien des gouvernements européens à leur agriculture par le biais de prix rémunérateurs pour les producteurs, et ce pour se conformer aux critères de l’OMC**, les aides représentaient ainsi 89% du revenu agricole pour la période 2003/2007. Les ménages paient ainsi une deuxième fois pour leur alimentation.

grospierres, France - 18/12/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0484885

DISPARITION DES ABEILLES Selon un rapport des Nations unies en 2011, la mortalité des abeilles a atteint 10 à 30% du cheptel ces dernières années en Europe, 30% aux Etats-Unis et plus de 85% au Moyen-Orient. Imidaclopride, clothianidine, thiaméthoxame, ces trois molécules dites « néonicotinoïdes » utilisés en grandes cultures persistent longtemps dans l’environnement . Parmi d’autres, ces pesticides représentent la cause majeure de la disparition des abeilles … et des apiculteurs. En mai 2013, la Commission Européenne a péniblement pris la décision de suspendre ces trois produits après de dures négociations avec l’industrie chimique.Cette dernière, menée par Syngenta et Bayer, a d’ores et déjà contesté cette décision devant la Cour de Justice Européenne. Dans le même temps, la recherche appliquée nous promet des insectes artificiels pour polliniser les cultures. Pourquoi pas des robots ? Pas grave la disparition des abeilles ! on a déjà la solution de remplacement…

Aubenas, France - 01/08/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0484883

AGROCARBURANTS Nourrir les populations ou alimenter les machines ? Telle est la question, impensable il y a encore quelques années, que pose désormais l’orientation prise par une partie de la production agricole. Etablissement financier de la filière des oléoprotéagineux ( colza, tournesol, soja), Sofiprotéol est leader dans la production d’agrocarburants en France. Son chiffre d’affaires était de 5,6 milliards d’euros en 2010, dont 2,3 milliards pour les seuls agrocarburants. Des régions entières de par le monde sont déjà devenues de véritables champs de pétrole végétal. La quantité de céréales nécessaire pour emplir un réservoir de 4x4 suffit à nourrir un être humain pendant un an. « Mourir de faim pour le « modèle exportateur » et les rentrées de devises », ce qu’écrivait Robert Linhart* en 1980 dessine les contours d’un avenir « moderne et conquérant » pour reprendre les termes de Xavier Beulin, qui dirige la FNSEA et préside Sofiprotéol. * « Le sucre et la faim », Editions de Minuit

France - 01/08/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0484894

DISPARITION DES TERRES AGRICOLES Infrastructures routières ( contournement d’Avignon par la liaison est-ouest), ferroviaires (lignes TGV), ou aéroportuaires ( projet de Notre Dame des Landes), zones commerciales ( Les Portes de Gascogne près de Toulouse, société Immochan à Mont St Aignan près de Rouen), projets de golfs ou de centres d’entraînement sportif (PSG à Poissy), centre d’enfouissement de déchets dans le Velay sur la zone AOC de la production de lentille, étalement urbain, plates-formes logistiques pour le transport international (St Martin de Crau, Clermont l’Hérault)… chaque année plus de 60000 hectares de terres agricoles disparaissent en France, soit l’équivalent d’un département tous les sept ans. En région Provence Alpes Côte d’Azur, la surface agricole productive a diminué de 20% entre 1970 et 2000. On y comptait 490000 résidences secondaires en 2009 contre 139000 en 1968. Selon une étude de l’INSEE PACA, au rythme actuel de l’artificialisation des terres le département des Alpes maritimes n’aura plus de surface agricole d’ici une dizaine d’années et celui des Bouches du Rhône d’ici 25 ans.

berrias, France - 01/08/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0484897

PESTICIDES A la guerre comme à la guerre ! Au début du XXe siècle, les armes chimiques utilisées pendant la première guerre mondiale ont assuré aux industriels un nouveau débouché avec l’utilisation des pesticides en agriculture. Avec 62700 tonnes de substances actives vendues, la France était en 2011 en tête des utilisateurs en Europe. La vigne, avec ses 783000 hectares, en a consommé la même année 20% pour seulement 3,7% de la surface agricole utile. L’enquête Apache* a mis en évidence à la fois la contamination des salariés travaillant en viticulture et celle des riverains habitant à proximité des vignes avec trois résidus identifiés en moyenne chez ces derniers. * Analyse de pesticides agricoles dans les cheveux (Générations futures, fév 2013)

Angers, France - 01/08/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0484898

OGM La recherche fondamentale ne chôme jamais : le lapin transgénique fluorescent mis au point par l’Inra s’appelait Alba. On ne connaît pas le nom du poisson transgénique , également fluorescent, apparu aux États Unis en 2004. Le Canada n’a pas manqué de prendre part à la course menée par une poignée de grandes compagnies avec l’aide de la recherche publique avec ses saumons et ses porcs transgéniques dès 2000. Les plantes OGM dites « à pesticides », qu’elles les produisent ou qu’elles les tolèrent, sont aussi depuis longtemps l’objet de toutes les attentions. Avec le blé, le riz, le concombre, la tomate, le prunier, la vigne, etc l’enjeu est de taille : « breveter la base de l’alimentation »*.

Grospierres, France - 01/08/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0484886

RESSOURCES EN EAU En France, 15% des prélèvements en eau sont à usage agricole, mais l’agriculture irriguée consomme 48% du volume d’eau utilisé en période ordinaire et 79% en période estivale. Entre 1970 et 2000, la surface irriguée a été multipliée par trois, pour atteindre près de deux millions d’hectares. Le maïs grain et semence, qui s’est fortement développé en Aquitaine, Midi-Pyrénées et Poitou Charente en raison de l’orientation de la politique agricole, représente 50% de cette surface. Durant les années sèches, les volumes utilisés peuvent atteindre jusqu’à 95% de la consommation globale sur certains bassins versants.* Dans le bassin Seine-Normandie, nitrates et pesticides contaminent 40% des captages en eau potable. Depuis 1999, 332 captages ont été abandonnés pour cette raison.** La plupart des forages dans les nappes phréatiques sont soumis à un simple régime de déclaration , le taux de non-déclaration est très élevé et les contrôles particulièrement faibles. Un accès insuffisant à l’eau potable est un des éléments de caractérisation de « l’habitat insalubre ».

Saumur, France - 01/08/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0499573

RARÉFACTION DES SURFACES AGRICOLES- TRANSFORMATION DES PAYSAGES La loi de modernisation pour l’agriculture du 27 juillet 2010 a institué des commissions départementales de consommation des espaces agricoles dont le rôle est de donner un avis sur l’artificialisation des terres provoquée entre autres par les projets de centrales photovoltaïques implantées au sol qui se multiplient actuellement. Ils touchent des terres agricoles, comme en Dordogne sur une quarantaine d’hectares, ou des zones forestières comme dans les Landes ou en Gironde où ils pourraient affecter près de 10000 hectares. L’option d’implanter prioritairement ces équipements sur des surfaces déjà artificialisées (parkings, grandes surfaces, etc) n’a pas été retenue pour l’instant. En revanche, les industriels recherchent prioritairement les espaces plats et dégagés à proximité immédiate des lignes à haute tension. Cette production locale d’électricité n’est pas une production décentralisée pour l’autonomie énergétique des populations des territoires concernés, elle est destinée à alimenter le réseau national. En cas de déboisement, son bilan carbone est sujet à caution, si l’on compare les émissions évitées à celles occasionnées par le défrichement.Les terres qui ne sont pas actuellement cultivées peuvent servir demain pour faire pâturer le bétail en cas de sécheresse. Enfin, ces centrales produisent surtout en été, alors que les pics de consommation se produisent en hiver. Alors fuite en avant technologique pour éviter de poser publiquement la question de la sobriété énergétique ?*

Sisteron, France - 11/12/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0484881

fin de la souveraineté alimentaire Dans ses propositions budgétaires pour 2014-2020, la Commission européenne soulignait le 29 juin 2011 qu’il fallait que « le secteur agricole se prépare à une concurrence mondiale accrue et à une volatilité des prix à la fois des produits et des intrants ». Vis-à-vis des pays dits « en développement » (PED) , l’Union européenne est fortement importatrice , même si elle y envoie 45% de ses exportations alimentaires grâce à une politique de dumping camouflée par des aides directes intérieures qui bénéficient aussi aux produits exportés. Sans réduction de son déficit alimentaire, les pays « en développement » continueront à mobiliser pour l’exportation des surfaces agricoles de plus en plus indispensables pour nourrir leurs populations. « L'UE doit cesser d'importer les produits alimentaires qu'elle peut produire, même si le rapport des prix favorise les importations mais au détriment des emplois et de l'environnement, du fait des transports internationaux et internes impliqués. Ainsi sur les 38 milliards d’euros d'importations alimentaires nettes moyennes de l'UE des PED de 2006 à 2009, seuls 9,1 milliards devraient continuer à être importés : café, cacao, thé, épices, bananes et dattes. Mais il n'est pas souhaitable de continuer à importer des PED pour 12,6 milliards en moyenne d'oléagineux, aliments du bétail et corps gras (hors huile d'olive), sans parler des fruits et légumes tempérés, des céréales, sucre, viandes et poissons. Cela implique que l'on accepte de modifier peu à peu notre régime alimentaire pour ne consommer ce que l'on peut produire, ou du moins en frappant les importations alimentaires de luxe de lourds droits de douane, et que l'on réduise la consommation de produits animaux, qui réduirait le besoin d'aliments du bétail».*

Grospierres, France - 01/08/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0484889

ALGUES VERTES Août 1980 : l’association Eaux et rivières de Bretagne sonne l’alarme sur la prolifération des algues vertes sur le littoral breton. Mars 2013 : la cour d’appel administrative de Nantes condamne l’Etat à indemniser les communes touchées par cette invasion en raison des « carences dans la mise en œuvre de la réglementation européenne et nationale destinée à protéger les eaux de toute pollution d’origine agricole ». Entre ces deux dates, que s’est-il passé ? La « laitue de mer » a continué à envahir régulièrement les baies semi-ouvertes, notamment celles de Lannion et St Brieuc, dont l’arrière-pays est le fer de lance de l’industrie porcine. 90000 tonnes en 2009, abondamment nourries par l’azote des près de 10 millions de tonnes de lisier déversées sur les terres agricoles des bassins versants. Mais on ne touche pas à la filière industrielle porcine ! En se décomposant sur les plages, les algues vertes dégagent de l’hydrogène sulfuré. Un gaz qui peut tuer et qui a déjà tué des sangliers et un cheval et dont tout indique qu’il est responsable de la mort d’un joggeur en 1989 et d’un conducteur d’engin de ramassage en 2009, ainsi que de deux autres accidents graves.

Morlaix, France - 01/08/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0502356

RARÉFACTION DES SURFACES AGRICOLES- TRANSFORMATION DES PAYSAGES Infrastructures routières (contournement d’Avignon par la liaison est-ouest), ferroviaires (lignes TGV), ou aéroportuaires (projet de Notre-Notre-Dame Dame- des-Landes), zones commerciales (Les Portes de Gascogne près de Toulouse, société Immochan à Mont-Saint-Aignan près de Rouen), projets de golfs ou de centres d’entraînement sportif (PSG à Poissy), centre d’enfouissement de déchets dans le Velay sur la zone AOC de la production de lentilles, étalement urbain, plates-formes logistiques pour le transport international (Saint-Martin-de-Crau, Clermont-l’Hérault)… Chaque année plus de 60 000 hectares de terres agricoles disparaissent en France, soit l’équivalent d’un département tous les sept ans. En région Provence-Alpes-Côte d’Azur, la surface agricole productive a diminué de 20 % entre 1970 et 2000. On y comptait 490 000 résidences secondaires en 2009 contre 139 000 en 1968. Selon une étude de l’Insee PACA, au rythme actuel de l’artificialisation des terres le département des Alpes-Maritimes n’aura plus de surface agricole d’ici une dizaine d’années et celui des Bouches-du-Rhône d’ici vingt-cinq ans.

Lalevade, France - 17/12/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0484893

ELEVAGES INDUSTRIEL DESHUMANISé En septembre 2013 Jean-Marc Ayrault a annoncé au Salon Space* à Rennes des mesures pour faciliter l’agrandissement ou l’installation de porcheries. Le seuil d’autorisation sera relevé de 450 à 2000 places. Un régime d’enregistrement remplacera ainsi le régime actuel permettant d’éviter étude d’impact, enquête publique et avis des services de l’État. Les volumes de viande porcine produite ont augmenté en Bretagne de plus de 10 % entre 2000 et 2011. La course à l’exportation et ainsi qu’au transfert de technologies et de bâtiments, en particulier vers la Chine, pourra-t-elle se faire autrement qu’avec l’entassement accru d’animaux considérés comme des machines à produire et à profits pour les gros acteurs de la filière ?

Morlaix, France - 01/08/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0484892

MISE A MORT INDUSTRIELLE Dans le système industriel de production de viande de porc, la mise à mort des animaux qui ne correspondent plus aux standards de production ou aux normes des abattoirs fait désormais partie intégrante du travail quotidien. Une truie « produit » près de 100 kg de cadavres par an et le troupeau français 131200 tonnes*. Ce sont les animaux appelés « mal à pied », c’est à dire boiteux, que les abattoirs n’acceptent plus, et les porcelets trop chétifs ou qui ne poussent pas assez vite. Le « matador » qui perfore la boîte crânienne et le caisson étanche qui gaze au dioxyde de carbone ont remplacé l’assommage à la masse pour les porcelets. Pour les gros gabarits, l’électrocution est le plus souvent pratiquée. Deux électrodes sont placées au niveau des yeux de l’animal, puis au niveau du cœur de l’animal dont « l’opérateur », éleveur ou salarié, a estimé la valeur économique insuffisante. Souffrance de l’animal traité comme une machine qu’il faut arrêter, souffrance du salarié déjà confronté à la violence de sa vie au travail… « Un monde qu’on pourrait dire désanimalisé. Et donc déshumanisé »**. *Chevillon et al, 2005, Gestion des cadavres de porcs en France : volumes, organisation et collecte, stockage et traitement, Techni-porc,28,3,3-10. ** Alain Caillé, Préface au livre de Jocelyne Porcher, Vivre avec les animaux, une utopie pour le XXIe siècle, éditions la découverte, 2011.

Morlaix, France - 01/08/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0484891

DISPARITION DES TERRES AGRICOLES Infrastructures routières ( contournement d’Avignon par la liaison est-ouest), ferroviaires (lignes TGV), ou aéroportuaires ( projet de Notre Dame des Landes), zones commerciales ( Les Portes de Gascogne près de Toulouse, société Immochan à Mont St Aignan près de Rouen), projets de golfs ou de centres d’entraînement sportif (PSG à Poissy), centre d’enfouissement de déchets dans le Velay sur la zone AOC de la production de lentille, étalement urbain, plates-formes logistiques pour le transport international (St Martin de Crau, Clermont l’Hérault)… chaque année plus de 60000 hectares de terres agricoles disparaissent en France, soit l’équivalent d’un département tous les sept ans. En région Provence Alpes Côte d’Azur, la surface agricole productive a diminué de 20% entre 1970 et 2000. On y comptait 490000 résidences secondaires en 2009 contre 139000 en 1968. Selon une étude de l’INSEE PACA, au rythme actuel de l’artificialisation des terres le département des Alpes maritimes n’aura plus de surface agricole d’ici une dizaine d’années et celui des Bouches du Rhône d’ici 25 ans.

Morlaix, France - 01/08/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0499586

DISPARITION DES PAYSANS « Mon père avait trente cinq hectares et voulait vivre comme un vrai paysan, pas comme un chasseur de primes, il s’est suicidé car il ne pouvait plus vivre décemment sur sa ferme »*. Années soixante : l’industrialisation de l’agriculture s’accompagne, dans le silence le plus épais, des actes de désespoir de bon nombre de paysans. Montrés du doigt comme incapables de s’adapter au monde « moderne », condamnés à la disparition par les économistes qui recommandent de diviser le nombre d’exploitations agricoles par dix en vingt ans, exclus des aides qui ne s’adressent qu’aux agriculteurs jugés compétents et dynamiques, ils ne trouvent que dans une corde le moyen de protester une dernière fois. Quelques décennies plus tard, les agriculteurs « modernisés » empruntent souvent le même chemin définitif. Soumis à la baisse constante des prix agricoles dans de nombreux secteurs, poussés à s’endetter pour être performants, ils sont plusieurs centaines à se donner la mort chaque année. Dans un rapport publié en septembre 2013**, l’InVS estimait à 20% l’excès de mortalité par suicide chez les agriculteurs par rapport à la population française en général, surtout dans le secteur de l’élevage bovin (viande et lait). Une estimation sans doute largement sous-estimée.

Les Vans, France - 20/11/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0484899

SUICIDE DES PAYSANS « Mon père avait trente cinq hectares et voulait vivre comme un vrai paysan, pas comme un chasseur de primes, il s’est suicidé car il ne pouvait plus vivre décemment sur sa ferme »*. Années soixante : l’industrialisation de l’agriculture s’accompagne, dans le silence le plus épais, des actes de désespoir de bon nombre de paysans. Montrés du doigt comme incapables de s’adapter au monde « moderne », condamnés à la disparition par les économistes qui recommandent de diviser le nombre d’exploitations agricoles par dix en vingt ans, exclus des aides qui ne s’adressent qu’aux agriculteurs jugés compétents et dynamiques, ils ne trouvent que dans une corde le moyen de protester une dernière fois. Quelques décennies plus tard, les agriculteurs « modernisés » empruntent souvent le même chemin définitif. Soumis à la baisse constante des prix agricoles dans de nombreux secteurs, poussés à s’endetter pour être performants, ils sont plusieurs centaines à se donner la mort chaque année. Un par jour ? deux par jour ? Il est difficile d’avancer des chiffres fiables. Mais le silence règne toujours. * Témoignage recueilli par l’auteur auprès d’une habitante de la Sarthe en 2002.

Morlaix, France - 01/08/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0554483

Puçage électronique: La traçabilité, gage d'une transparence qui serait revendiquée par le consommateur, et la simplification du travail de l'éleveur sont régulièrement mises en avant pour justifier la tentative d'imposer le puçage électronique dans les troupeaux de caprins et d'ovins par le biais d'une directive européenne. Mais de quelle «transparence" et de quels «éleveurs» parle t'on? Du droit de savoir ce que l'on a dans son assiette ou de l'outil indispensable à l'industrie pour accélérer encore les flux de viande achetés, stockés, revendus d'un pays à l'autre? De l'éleveur qui vit avec ses animaux ou de celui qui pilote son entreprise de production de viande courbes de productivité en tête et lecteur de données en main? «Optimisation» et «efficacité», sous cette double injonction le numérique tente de faire irruption dans le monde animal...comme dans celui des humains au travail. « Au Japon, Amazon vient de recruter des chèvres pour qu'elles broutent aux abords d'un entrepôt. L'entreprise les a badgées avec la même carte que celle que nous portons autour du cou. Tout y est: le nom, la photo, le code-barres».* * témoignage d'une salariée de l'entreprise publié dans «Amazon, l'envers de l'écran», Jean-Baptiste Malet , Le Monde diplomatique, novembre 2013

Bagnols sur Cèze, France - 18/05/2014

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0554485

Puçage électronique: La traçabilité, gage d'une transparence qui serait revendiquée par le consommateur, et la simplification du travail de l'éleveur sont régulièrement mises en avant pour justifier la tentative d'imposer le puçage électronique dans les troupeaux de caprins et d'ovins par le biais d'une directive européenne. Mais de quelle «transparence" et de quels «éleveurs» parle t'on? Du droit de savoir ce que l'on a dans son assiette ou de l'outil indispensable à l'industrie pour accélérer encore les flux de viande achetés, stockés, revendus d'un pays à l'autre? De l'éleveur qui vit avec ses animaux ou de celui qui pilote son entreprise de production de viande courbes de productivité en tête et lecteur de données en main? «Optimisation» et «efficacité», sous cette double injonction le numérique tente de faire irruption dans le monde animal...comme dans celui des humains au travail. « Au Japon, Amazon vient de recruter des chèvres pour qu'elles broutent aux abords d'un entrepôt. L'entreprise les a badgées avec la même carte que celle que nous portons autour du cou. Tout y est: le nom, la photo, le code-barres».* * témoignage d'une salariée de l'entreprise publié dans «Amazon, l'envers de l'écran», Jean-Baptiste Malet , Le Monde diplomatique, novembre 2013

Bagnols sur Cèze, France - 01/05/2014

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0554480

Erosion des sols Le sol, un simple support physico-chimique ? C’est à partir de cette conviction qu’a pu naître l’agriculture hors-sol il y a une cinquantaine d’années. Ignorant la complexité de ce milieu vivant qui permet la vie sur terre, l’agronomie industrielle a entraîné dans son sillage érosion, salinisation, pertes de rendements et inondations. Peut-on encore la qualifier de « moderne » ? Un sol vit, se forme…ou meurt. Depuis l’utilisation systématique d’engrais et de pesticides, il se perd en France 40 tonnes par hectare et par an. « Le sol est le fruit d’une synergie entre les argiles provenant de la roche mère et les humus provenant des débris organiques »*. Lorsque la faune du sol, et notamment les vers de terre, qui remontent potasse, calcium et magnésie, n’est plus alimentée, le sol s’acidifie. Puis il se salinise en raison de l’irrigation massive qui fait remonter les sels des nappes phréatiques. Un sol en bon état contient de une à quatre tonnes de vers de terre à l’hectare, ils permettent la formation du complexe argilo-humique par leurs incessants allers-retours entre le sol profond et celui de surface. Algues, amibes, bactéries , champignons agissent à tour de rôle pour la décomposition de la lignine des plantes, d’où provient la formation d’humus. Les engrais chimiques nourrissent les plantes directement, les amendements nourrissent les sols. Il faut choisir : doper les plantes, au détriment de la qualité, ou assurer la fertilité des terres. Sous peine de devoir chercher une autre planète… • Claude et Lydia Bourguignon, « Le sol, la terre et les champs » Ed. Sang de la terre.

Bagnols sur Cèze, France - 17/09/2014

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0484882

PROHIBITION Le 6 mai 2013, la Commission Européenne a adopté trois nouveaux règlements sur les semences, la « santé des plantes »(sic) et les contrôles. Cette initiative, qui doit être soumise au Parlement Européen et au Conseil, placerait toutes les semences sous le contrôle direct des titres de propriété de l’industrie (certificats d’obtention végétale et brevets). Agriculteurs, jardiniers professionnels (et bientôt amateurs?) seraient contraints de payer des droits d’enregistrement, et des royalties aux grands groupes qui dominent le marché mondial s’ils ressèment des graines issues de leur propre récolte. Il serait illégal de « cultiver, reproduire ou faire commerce » de toute semence qui n’aurait pas été « testée, approuvée et acceptée » par le Bureau de la Communauté pour la Diversité des Plantes ( Community Plant Variety Office).Orwell aurait adoré…

grospierres, France - 01/08/2013

 

Alexa Brunet / Transit / Picturetank BRA0502355

bio-géo-ingéniérie Malgré les efforts déployés par les climato-sceptiques, le réchauffement climatique s’impose désormais comme un défi pour l’humanité toute entière. En Europe, les émissions de gaz à effet de serre attribuables à l’agriculture représentaient en 2007 462 millions de tonnes d’équivalent de gaz carbonique (CO2). L’agriculture est la plus importante source de protoxyde d’azote (N2O) qui se dégage des engrais azotés et de méthane (CH4) dû au processus de digestion du bétail et au stockage du fumier. Par ailleurs les activités agricoles relâchent également du dioxyde de carbone en raison de l’utilisation de fuel pour les constructions, les équipements et les machines.* Faudrait-il donc organiser la réduction des gaz à effet de serre ? La fuite en avant technologique parie quant à elle sur la manipulation du climat : modification de la chimie des océans par ensemencement en fer, pulvérisation d’aérosols soufrés dans la stratosphère ne sont plus désormais du domaine de la science-fiction. Le Japon a eu récemment recours à l’ensemencement des nuages avec des sels d’iodure d’argent pour faire pleuvoir. Mais qui contrôlera « le thermostat planétaire »?

grospierres, France - 10/12/2013



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